Site : Quartier de l’Epine, Hellemmes-Lille

Commanditaire : Ville d’Hellemmes

Action : Etude prospective pour la mise en place de formes d’agriculture urbaine dans un quartier résidentiel

Date : 2016-2017

 

Ancienne cité de cheminots construite dans les années 70, le quartier de l’Epine est un écrin vert, remarquable à l’échelle de la ville de Lille, dont la situation un peu particulière, entre boulevard et voies ferrées, en fait un lieu peu connu et fréquenté des personnes qui n’y vivent pas. Ce quartier d’habitat majoritairement social souffre d’un déficit d’image qui est fortement ressenti par ses habitants, pourtant conscients de vivre dans un quartier agréable mais qui manque de vie, d’activité.

Cette étude prend place dans le contrat de ville, à un moment où les actions de la ville, du bailleur, des associations dans le quartier sont repensées de manière globale. Une véritable opportunité pour monter un projet de territoire cohérent, touchant les différents aspects de la vie du quartier : l’économie, les transports, les loisirs, la santé, l’école, l’environnement, l’entraide, la sociabilité, …

Dans ce cadre, la mairie a invité les Saprophytes à réfléchir à l’intégration d’une forme d’agriculture urbaine dans le quartier, partant de l’intuition des certains élus de valoriser l’aspect “vert” de ce quartier dans un réseau d’initiatives et projets à plus ou moins long terme liés aux circuits courts, à la production locale. Cette intuition est liée avec la nécessité de changer l’image du quartier qui s’est dégradée depuis les années 90.

Une première étape de l’étude s’est attachée à dresser un diagnostic des spécificités, des atouts et freins du territoire dans l’optique d’un projet intégré. Il nous a semblé essentiel de commencer ce diagnostic par une analyse paysagère tant cette dimension est importante dans l’identité du quartier. Nous sommes ensuite allés à la rencontre des acteurs et habitants du quartier, et de personnes extérieures ayant des expériences à partager sur le sujet. Avec eux, nous avons partagé un temps de «créativité collective» qui a constitué la base de 2 scenarii de projets puis d’un scénario approfondi : la transformation progressive de l’Epine en cité-jardin comestible.

Le site

Une cité-jardin dans un écrin boisé
Entourée d’une ceinture de peupliers et d’un « boulevard » circulaire auquel se connectent des impasses bordées de maisons en bandes. Au centre du quartier se trouve l’école maternelle (bientôt reconstruite pour accueillir un groupe scolaire pour plusieurs quartiers) et des immeubles collectifs (R+3 à R+7) . Entre les collectifs et les impasses, un important réseau de cheminements piétons connecte des placettes minérales aux formes organiques, entourées de haies et de pelouses arborées. Le patrimoine arboré est de qualité, très varié, tous les arbres ont le même âge (une quarantaine d’années) et son renouvellement va devoir être anticipé.

Le tout crée un véritable paysage de cité-jardin de qualité, avec une générosité d’espaces qui reste pourtant sous-utilisés.

 

 

Les atouts du site

– un paysage de cité jardin de qualité assez rare dans la métropole
– une trame de cheminements et de placettes piétonnes d’une grande qualité paysagère sur laquelle s’appuyer
– des terrains mutables à plus ou moins long terme autour du quartier
– une maîtrise foncière communale
– un projet d’école qui peut catalyser des projets et énergies
– un requestionnement global des actions sur le quartier en cours avec la politique de la ville
– la présence de l’association Manaé au croisement des questions sociales et d’agriculture urbaine (l’association accompagne la mise en place d’un jardin partagé au centre du quartier depuis deux ans)
– des envies exprimées de jardins / parcelles individuelles / fleurissement
– environ 2.8ha d’espaces publics verts sous-utilisés
– un exemple de chantier école en cours avec les jeunes, avec l’association Itinéraire

Les freins

– la question de la pollution des sols (certaines études de sols réalisées récemment montrent des concentrations en métaux lourds à certains endroits) à éclaircir
– des terrains morcelés qui ne permettent pas une activité de maraîchage professionnelle

Faire émerger un projet collectivement

Suite au diagnostic, nous avons organisé un temps collectif de réflexion créative autour des atouts repérés, avec des associations locales et des habitants du quartier. Une matinée avec une quinzaine de personnes animée sur le principe du « world café », dont ressortent trois thématiques.

 

Synthèses des objectifs du projet pour définition des snenarii

Deux scenarii ont été développés à partir de cette rencontre :

le scenario d’un quartier – ferme pédagogique :

celle-ci est pensée disséminée dans le quartier, en investissant les différentes placettes existantes, reliées par le réseau de chemins transformé en parcours de cueillette et de transhumance. Ici, la présence d’animaux est un moteur de la transformation du paysage.

Le bâtiment de la ferme, propose des animations pédagogiques pour les enfants (écoles, centres de loisirs…) et les adultes, familles… C’est également un nouvel équipement appuyant la centralité du quartier, et rentrant en synergie avec les initiatives locales (comme le jardin collectif ) et la future nouvelle école. Rayonnant autour de cette polarité, le parcours de promenade est public, il permet à tous de découvrir les différentes fonctions de la ferme.

le scenario d’un quartier comestible :

il propose l’installation d’une ambitieuse trame arborée avec la plantation d’arbres en masse. Cette nouvelle structure urbaine du quartier va constituer une armature globale du paysage du quartier. En donnant du sens et de la cohérence aux espaces publics du quartier, elle crée un parcours paysager comestible et public. Elle permet ensuite de multiples possibilités pour requalifier les «poches vertes» en des espaces
thématiques autour du comestible. Ces différents jardins peuvent être les supports d’appropriations diverses (autour d’une trame pérenne d’arbres et arbustes), notamment culturelles (festival de jardins?), sociale…
Le quartier est ainsi pensé comme un grand parc constitué d’un réseau de petits espaces reliés par les cheminements existants.
Dans ce scénario, c’est le remplacement des haies de troènes et la plantation d’arbres fruitiers qui constitue la structure et l’identité d’un nouveau paysage.
Le cœur du quartier est renforcé autour de la nouvelle école, sur un parvis repensé comme un nouvel espace public de jeu, de loisirs.

Une ferme pédagogique ayant été validée entre temps dans un autre quartier, c’est le second scenario qui a fait l’objet d’une réflexion plus poussée avec esquisse d’un budget et d’un phasage opérationnel.

à suivre!