Site : La petite ceinture, 19e arrondissement de Paris, rue Petit

Date : juillet-décembre 2016

Commanditaire : Ville de Paris

Action :  diagnostic social et paysager, préconisations et tests d’usage sur un tronçon de la Petite ceinture.

Partenaires: Formes Vives, Sophie Tartière sociologue et Camille Faucherre comédien

Pour en savoir plus, le site de la Ville de Paris

Quelle mission atypique, expérimentale proposée par la Ville de Paris! La mission qui nous a été confiée de juillet 2016
à janvier 2017 : ouvrir la Petite Ceinture au public, sachant tout ce que la PC peut susciter comme envie, frustration…, sur des temps donnés et limités (déterminés par nos soins*). Ceci sans connaître à l’avance les modalités d’ouverture à terme du lieu.
L’ouvrir… pour la refermer… avant de la rouvrir… plus tard… Une envie de « tester », de prendre le temps, de ne pas figer un projet sur un espace qui suscite tant de rêves et d’envies. Mais au contraire laisser vagabonder les idées, au gré des ouvertures et des propositions, que les habitants suggèrent.
Laisser le temps de la découverte de l’expérimentation in itinere, avec les habitants du quartier et d’ailleurs, pour partager un espace insolite, écrire ensemble les premières lignes d’un récit collectif qui feront de cette Petite Ceinture une des grandes histoires sans cesse renouvelées de Paris…
Et permettre un diagnostic partagé, sur place.
On a travaillé de manière empirique. Prendre doucement ses marques, premiers relevés, provoquer des rencontres qui en amènent d’autres, réfléchir un outil de travail adéquat, à partir de l’espace et du matériel qu’on nous confiait.
S‘approprier ce container-cabane-de-chantier, ceci passait par lui trouver un nom sympathique ; pourquoi pas « Station Désir » ? Comme pour un tramway qui passerait par là ? Pour accueillir et faire voyager nos imaginaires, nos envies. Pour garder à l’esprit qu’ici seront élaborées des hypothèses, des pistes, un recueil des désirs.
Le temps de quelques ouvertures, nous avons été les gardiens des clés de cette Petite Ceinture qui n’est fréquentée que de manière très rare ou bien en bravant l’interdiction.
Sur la Petite Ceinture, nous ne sommes pas les seuls à vivre l’expérience de se faire surprendre semble-t-il : nombreux sont ceux qui de retour de leur dérive à pied, sur le fil des rails, ont changé de point de vue sur le site :
« Ah, finalement, vaut mieux ne rien y faire, c’est beau comme ça ! Oubliez la piste cyclable ! »
Ménager plutôt qu’aménager ?
« Ne rien faire »… C’est souvent revenu. Ne rien faire, mais laisser la possibilité à chacun de se faire sa propre opinion. C’est déjà un peu faire non ?
Ne rien faire, mais s’y retrouver de temps en temps, entre voisins, avec une boisson chaude, parce que c’est beau. Ne rien faire, mais pouvoir y suivre un papillon avec ses enfants. Ne rien faire, mais rejoindre deux points, sans croiser de voiture. Ne rien faire, mais savoir que ce lieu existe à Paris.
Être le spectateur-trice du tumulte de la ville qui se joue à nos pieds… voir sans être vu-e, espionner le bouillonnement de vie perché sur des rails…
Tant de potentiels, tant de convoitises, pour un lieu fragile, sensible, en suspension semble-t-il.
Ce fut là toute l’expérience. Rêver, se raconter des histoires, imaginer l’impossible, s’amuser, accumuler de bons souvenirs, des sourires, du désir.
Ce fut l’expérience d’un projet immatériel. Un projet basé sur des sensations, des émotions, une aventure personnelle que chacun vit sur ce site, et qu’on a envie de partager, pour lui donner de la valeur, du sens.

Généralités – un site emblématique à Paris

La Petite Ceinture est une friche ferroviaire (à l’origine militaire et logistique) qui a perdu avec la désindustrialisation son utilisation et est devenue une friche urbaine, avec son lot de déchets, de graffs et d’informels..
Depuis 2000 dans le cadre du Plan biodiversité et autres TVTB de la ville de Paris, la Petite Ceinture est recensée comme corridor écologique.

Elle reste une propriété de la SNCF, mais la ville de Paris en a la gestion. Aujourd’hui, il s’agit de préserver cet espace comme un espace ouvert, non construit, et de maintenir les chemins ferrés.

L’accès à la PC est officiellement interdit, néanmoins des sites internet, guides ou autre réseaux sociaux relaient les points d’accès pour permettre au personnes intéressées de s’y rendre.
Bien que circulaire, la petite ceinture s’appréhende en « tronçons » et l’intensité d’appropriation de ces tronçons dépend largement d’une part de leur accessibilité et d’autre part de la composition sociologique du quartier (avec une appropriation plus accrue dans les quartiers populaires).

La PC vit au rythme de ses usagers et de leurs pratiques. Ainsi, on voit les paysages changer en fonction des tronçons (dans l’espace) mais également dans le temps : les graffs se succèdent et se superposent, la nature en fonction des saisons orne la PC de différentes végétations et de couleurs verdoyantes et luxuriantes par endroit elle est plus aride et minérale à d’autres.
Les projets d’aménagement viennent également bouleverser le paysage (visuel et sonore) et changer aussi parfois la fréquentation.
La circulation est la principale « activité » des usagers de la Petite Ceinture. Habitués ou novices, les espaces de halte sont rares et sont davantage des « moments » que des « lieux » : les usagers se « posent » pour une fête, un apéro, un barbecue. Des artistes et autres amateurs viennent également ici y trouver une source d’inspiration pour tourner des films, faire des photos, de la peinture…
Le lien avec la nature n’est pas la raison principale des usagers pour venir s’y balader bien que dans les discours la composante « sauvage » de la PC et l’idée d’une reconquête de la nature ressortent largement comme élément apprécié « la nature reprend ses droits ». C’est bien l’esthétique d’une nature sauvage qui est appréciée, comme partie intégrante de l’identité du lieu.
Certains habitants ou associations ont d’ores et déjà investis les lieux pour y pratique la permaculture ou simplement du jardinage.

juillet-août : rencontre avec les usagers de la petite ceinture

La période estivale a essentiellement été dévolue aux rencontres, à l’écoute du public et des structures locales à travers des temps d’échange avec les associations, des temps d’accueil sur le site, ainsi que des questionnaires distribués dans le quartier.
Outre les associations invitées, nous avons lors de ces temps essentiellement rencontrés des personnes au hasard, soit des habitués de la Petite Ceinture soit des passants curieux.
L’objectif de ces journées était d’informer le public sur les temps à venir, informer sur le projet en général, recueillir les représentations sur la PC et usages actuels dans le quartier.

septembre : mise en récit

texte d’Adrien Zammit/ Formes Vives
En mettant les pieds sur la Petite Ceinture, on a d’emblée l’impression de rentrer dans une histoire, comme on ouvre un livre. Ce lieu, hors du temps et comme détaché de son environnement urbain, tantôt suspendu au-dessus de la ville, tantôt retranché, caché. Il nous renvoie vers un passé un peu lointain, celui du Paris Belle Époque, mythifié, qui nous revient par bribes (c’était comme-ci, comme-ça, par là une gare, dans ces années-là…). Superposée à cette histoire révolue, il y a l’histoire plus récente, celle de la friche, composée de légendes, cancans, anecdotes, et surtout de vides, de flous et d’inconnus.
Puis aujourd’hui, il y a une nouvelle histoire à écrire, ensemble, dessiner un futur pour ce lieu… Il n’y a peut-être que quelques pas pour y arriver, ou pas beaucoup plus ?
Pour désamorcer les inévitables crispations-contradictions-frustrations qu’aurait entraîné la proposition d’accueillir toutes les envies et les besoins individuels (des potentiels usagers de cet espace), nous avons voulu inviter chacun à un travail porté non pas sur l’utilitaire-à-terre, mais sur le sensible et l’imaginaire.
Les promeneurs nous ont rapporté leurs sensations après avoir pris le temps de flâner, et les participants aux ateliers « portrait chinois » et BD nous ont aidé à récolter une belle somme de métaphores, d’images, des petits bouts d’histoires, comme autant de débuts ou de parcelles d’un récit qui reste à écrire.
Qu’en fait-on maintenant ? Nous croyons que développer et faire exister un récit commun peut grandement participer à ancrer un caractère singulier et largement partagé de la Petite Ceinture, à lui donner une place plus nette dans l’imaginaire collectif, la rendre mythologique au sens de Barthes.
Ceci pour nous amener à ne plus la regarder comme une page blanche (une réserve de foncier grande ouverte à tout type de projets), mais bien un objet de patrimoine, de la culture parisienne, qui s’apprécie comme tel, se découvre et se protège. On peut respecter un lieu sans le sanctifier! Ce que sauront sans nul doute inventer des amateurs de paysages, à travers des démarches douces, localisées,éphémères…
Cette démarche s’inscrit au croisement de la commande artistique, de la valorisation du patrimoine et du travail des Espaces verts.

Les premières interventions sous la forme de chantier participatif ont permis la mise en place « d’un socle » pour le container-base vie, accompagnée de son enseigne. Cette enseigne a une valeur pour plusieurs raisons : évidemment offrir un signal, donner à voir « l’activation » en cours de la petite ceinture, mais aussi elle joue le rôle « cinématographique » que ce lieu nous inspire. Une enseigne modulable, au fil des rencontres, des projections, suggérant une scène pouvant accueillir de multiples récits.

Aménagement de la base vie

La base vie a été aménagée sous la forme d’un chantier ouvert, pendant les temps d’ouverture du tronçon. Il a s’agit d’asseoir le container (espace de rangement, outillothèque et matériothèque) sur une plateforme en bois, et d’imaginer du mobilier démontable, et rangeable dans le container.  En terme de mobilier, nous avons construits une dizaine de bancs, facilement déployable en fonction des besoins (ateliers, fêtes etc.).

Des ateliers autour de la signalétique ont  permis de rendre lisible un repérage des initiatives existantes, des initiatives de la petite ceinture, et des projets de références. Ce travail a permis d’alimenter en parallèle une cartographie interactive consultable sur internet.

Octobre : et si la petite ceinture était un chemin de randonnée?

Dans ce scénario, la PC resterait, en terme d’ambiance, égale à elle même. Elle serait aménagée au minimum, avec la mise aux normes des ouvrages d’art à risque sur l’ensemble du linéaire, avec un aménagement paysager a minima. Les accès seraient aménagés afin de faciliter l’accès aux randonneurs et les stations pourraient offrir à cet effet des informations aux promeneurs, comme autant de refuges urbains.
Les refuges, en nombre limité, pourraient accueillir une signalétique informative sur les risques et la responsabilité de chacun lié à l’exceptionnalité du lieu mais également faire office de site de découverte pédagogique de la faune et flore urbaine.

Dans l’hypothèse de la Petite Ceinture chemin de randonnée, elle pourrait se connecter aisément à deux itinéraires « officiels » qui la croisent au niveau des Buttes-Chaumont et de la rue Petit : la traversée no2 allant de la porte de la Villette au parc Montsouris et la traversée no3 reliant la Porte Maillot à la Porte Dorée, ceci dans l’idée de créer un maillage.
La section parisienne de la Fédération Française de Randonnée est d’ores et déjà partenaire des réflexions sur l’intégration de certains tronçons de la Petite Ceinture dans ses itinéraires parisiens.
Par ailleurs, au niveau du quartier, la Petite Ceinture constitue un lien privilégié entre deux espaces / linéaires de promenades importants : le parc des Buttes-Chaumont et le Canal de l’Ourcq / Parc de la Villette.

Et si la petite Ceinture était le plus grand carrousel du monde?

Un manège à l’échelle de la ville ? Trente-cinq kilomètres de voies ferrées pour une appropriation ludique, artistique et participative d’un espace sauvage.
À l’instar des premiers carrousels militaires qui avaient pour objectif de « démontrer l’adresse des cavaliers et de divertir la population », celui-ci sert à démontrer la créativité des habitants tout en apportant un point de vue ludique sur ce linéaire et les espaces qu’il traverse.
Chaque draisine est composée d’un système de roulement (voir le système ZIP) fixé à une plateforme et d’un objet ludique fabriqué par un artiste, un bricoleur, un groupe d’habitants… Il se déplace poussé par un / des humain/s, c’est à dire lentement, et dans un esprit de coopération.
Le carrousel relie les différentes stations de la Petite Ceinture. En fait, c’est un véritable moyen de transport, écologique et accessible aux personnes à mobilité réduite (et pourquoi pas utilisable pour livrer les produits des jardins qui longent la PC ?), tout en ménageant l’état actuel de la Petite Ceinture et en réduisant les coûts d’investissement. Ce système de déplacement créatif assure la cohérence globale du linéaire.

Novembre : mise en scène et concours photos!

Les engins roulants ont été l’occasion de questionner les usages et occupation pour ce lieu atypique. Ils ont tous été construits sur place, en chantier ouvert, sans préfigurer l’ensemble des objets en amont.

Lors de 2 samedis consécutifs (les 29 octobre et 5 novembre), les visiteurs ont été invités à tester ces engins, en déambulant sur la petite ceinture. A cette occasion, ils se sont prêtés au jeu de la mise en scène décalée, déguisée, farfelue. Ce fut l’occasion de temps festif sur la station, ouvrant la démarche à un plus grand nombre.

Des photos en témoignent, qui furent l’objet d’un concours photo. Les 4 meilleurs photos ont été imprimés en mode carte postale. Les figurants de la photo n°3, qui a récolté le plus de voix, se sont vu offrir le « ZIP d’or », lors de la soirée finale de restitution du travail!

Petite ceinture : nouveau départ

La mission s’est terminée au bout de 6 mois. 6 mois qui ont permis de tester l’ouverture au public officiel de la petite ceinture. De se rendre compte de l’engouement qu’elle pouvait provoquer.

Puis ce temps d’étude nous a mené à proposer 4 scénarii d’ouverture de la petite ceinture, de manière globale, allant d’une option très « aménagée » à une option recherchant la sobriété, recherchant comment le « Ne rien faire », tellement entendu sur le site, pouvait être traduit.

Une restitution décalée, proposée par un comédien, Camille Faucherre, a rendu compte de ce travail, et a été l’occasion de distribuer publiquement un « fanzine » retraçant l’aventure et les résultats de l’étude. Ce document, ainsi que l’ensemble des rapports rendus, constituent une base de données qui sera donnés à l’équipe pluridisciplinaire qui prend le relai sur un périmètre élargit, à l’est, pour 3 ans d’étude et de maîtrise d’œuvre.

Le « ZIP », système de roulement DIY

scénario 1 : une promenade upublique

scénario 2 : des ponctuations d’espaces publics

scénario 3 : un chemin de randonnée