Site : l’îlot Colombier, Bezons, Val d’Oise (95)

Date : 2011-2014

Commanditaire : Projet co-écrit avec la Ville de Bezons

Action : Accompagnement des habitants dans un processus d’appropriation urbaine, dans un quartier en rénovation urbaine.

Financeurs : Ville de Bezons, AB Habitat, Fondation de France, Fondation Vinci et auto-financement.

Partenaires : L’association point de Rassemblement, le centre social du Colombier (Annie et Benoît, merci!), Baptiste Furic (le jardinier voyageur)

 

Le projet du germoir est avant tout basé sur la rencontre. Celle d’un voyageur avec un lieu, d’un jardinier avec un environnement urbain et ses habitants, dans un quartier en rénovation urbaine. Il s’agit de prendre le temps de créer du lien avec les habitants du quartier, collecter la mémoire du quartier à travers des ballades, avant d’explorer les transformations de celui-ci et d’y installer ensemble le Germoir, construction légère que nous élaborerons avec les idées et envies des habitants du quartier. Le projet doit déboucher sur la création d’un lieu pérenne géré par les habitants. Le passage de relais dans la gestion du lieu a pris plus de temps que les deux ans initialement prévus pour lancer la dynamique.

Pensé, en coordination avec les chargés de projet ANRU de la ville, pour informer sur les transformations en cours et à venir sur le quartier, palier aux déficits temporaires d’espaces verts et de loisirs générés par les décalages de planning des opérations et donner une place aux dynamiques sociales à l’œuvre sur le quartier dans le projet en cours de définition, notre proposition est adaptée au contexte et aux besoins du quartier afin de mobiliser les habitants (450 logements : 2000 habitants) sur le projet et favoriser le lien social entre les habitants historiques et les futurs usagers et habitants du quartier (création de logements, bureaux et surfaces commerciales).

Le projet initie un processus long d’appropriation et de participation aux changements d’un quartier en rénovation urbaine (dont 173 logements démolis). A travers la rencontre avec un jardinier-voyageur, flâneur original et jovial, les habitants sont amenés à développer une posture active et citoyenne, à la recherche de réponses collectives aux besoins ressentis et exprimés, mobilisant les ressources localement disponibles pour construire ensemble un lieu pérenne, fédérateur pour le quartier.

au démarrage, un concours d’idées

La ville de Bezons (Val d’Oise) a lancée depuis 2009 dans un projet de rénovation urbaine sur le quartier du Colombier/bords de Seine. Ce projet est d’abord un projet « économique » avec construction de milliers de m² de bureaux. Au cœur de ce futur quartier d’activité tertiaire, un ilôt d’habitats perdure et va subir de profondes transformations (destruction d’une tour, construction de nouveaux logements, modification des trajets quotidiens, arrivée de nouveaux habitants et surtout de nombreux salariés…).

Aujourd’hui déjà ce quartier souffre d’une absence quasi totale de lieux de rencontre et de structures fédérant les habitants.

Le projet se déroule plus particulièrement sur l’îlot du Colombier, en rénovation urbaine jusque 2013.

Nous proposons de travailler à un projet collectif avec les habitants du quartier pour partager les outils du projet urbain et mettre en espace une réflexion commune sur l’avenir du quartier, à travers la construction d’un lieu collectif.

L’idée du projet est né lors d’un concours d’idées proposé par le CAUE du Val d’Oise, pour une « petite architecture citoyenne » posant la question de la construction d’espaces accompagnant les habitants dans la rénovation urbaine de leur quartier.

Notre réflexion est basée sur l’idée que le lien avec un espace est d’abord un lien humain, qui se construit dans le temps, qu’il s’agit dans les quartiers de redonner de la valeur aux hommes et au lien social avant tout. Notre réponse est alors l’écriture d’un processus, un processus d’appropriation, de co-conception et de co-construction de cette petite architecture.

La réponse a été formulé main dans la main avec le collectif Point de Rassemblement, basé à Aubervilliers.

diagramme

les objectifs du projet

1-évoquer la mémoire et le futur du quartier. Écrire collectivement l’histoire et la vie du quartier, vue par ses habitants. Restitutions plastiques de ballades et témoignages sous forme d’une « carte touristique du quartier », formalisation d’une mémoire collective et construction de références communes.

Par ce travail de recueil d’écrits, de récits, de photos, il s’agit de donner de la valeur à la parole des habitants , à leur histoire, de susciter un regard neuf sur leur lieu de vie et ainsi permettre leur implication dans l’avenir du quartier.

2-s’approprier l’espace public, travailler sur les usages possibles de l’espace public, et en particulier révéler les potentiels fédérateurs de celui-ci. Qu’est-il possible de faire en bas de chez- soi ? dans la rue ? comment investir l’espace public, et comment en faire un lieu convivial ouvert à tous ? Qu’est-ce que le bien commun? Comment vivre ensemble?

3-fédérer les habitants autour du projet de construction et de vie d’un lieu en proposant un chantier participatif et ainsi développer un attachement collectif autour de ce même lieu, le Germoir.

4-développer une économie locale, grâce au passage de relai que nous mettrons en place après le chantier. Favoriser une gestion locale et volontaire du Germoir.

L’année 2011 : rencontre entre le jardinier-voyageur et les habitants de l’îlot Colombier

La première année a été consacrée à la découverte du quartier et de ses habitants. Sous la forme d’un diagnostic actif, participatif, nous avons concentré notre travail autour de la constitution d’un groupe d’habitants pilotes et mobilisés autour de la démarche. Ce diagnostic, conjugué avec un travail de mobilisation, a été mené en deux temps :

– Un premier temps d’immersion, grâce à Baptiste, Jardinier-voyageur et à l’utilisation d’un dispositif mobile, la « charrette ». Ce dispositif ludique, invitant les passant à s’arrêter autour d’un thé, d’une histoire,  pour « raconter le quartier », leur point de vue, leur vécu, a joué le rôle d’attracteur étrange, permettant de diffuser la démarche au plus grand nombre. C’est donc sur l’espace public que tout a commencé.

– Un deuxième temps d’immersion s’est déroulé autour d’ateliers thématiques programmés à l’avance, et où les sujets étaient annoncés à l’avance (Le paysage du Colombier, la nature en ville, la construction de l’espace public, l’élaboration d’une carte subjective…). Ces ateliers étaient menés sur des week-end, de manière régulière.

La synthèse des ateliers et rencontres a pris la forme d’une carte subjective de Bezons, pour et par les habitants du Colombier. Cette carte a été distribuée aux habitants, vendus, et à servir d’accroche pour déceler les manques et les potentiels du quartier.

A la fin de l’année, un groupe a été informellement constitué autour de l’envie partagée de construire Le Germoir, un espace commun dans le quartier.

La carte subjective de Bezons

Document collaboratif, fruit de notre rencontre avec un quartier, et outil de mobilisation et de diffusion de la démarche.

L’édition de cette carte a été l’occasion d’une fête, occupant un appartement désaffecté d’une barre d’immeuble vouée à la démolition… Le quartier bouge, les habitants s’organisent, le projet du germoir avance.

L’année 2012 : conception du Germoir

Plusieurs rencontres ont permis de co-imaginer ce que pourrait être le Germoir, ce lieu collectif, fédérateur, dispositif d’appropriation urbaine au coeur d’un quartier en mutation, où les démolitions devenaient imminentes. C’est autour de réunion collaboratives que les décisions ont été prises, avançant pas à pas dans la définition du Germoir, dans sa programmation, et sa formalisation.

-définir le programme du germoir
-définir les modes de gestion possible
-choisir un site
-organiser le temps du chantier
-penser au passage de relais et à l’organisation du groupe gestionnaire du projet

Ces différents sujets ont été débattus, réfléchis, main dans la main avec le Centre social du Colombier, acteur social majeur à cette phase du projet. Une réunion devant les élus a été proposée aux habitants, leur permettant eux-même de défendre LEUR projet.

Il s’agissait de les mettre dans un réel rôle de « porteur de projet », étant considérés comme les gestionnaires du projet à terme. Le « passage de relais » a dû être anticipé. Notre rôle était un rôle de facilitateur, d’accompagnateur avant tout.

Finalement le Germoir sera un jardin, un espace semi-public permettant des rencontres, des repas de quartier, permettant de jardiner, mais aussi partager des temps créatifs.

Autour d’un container servant d’abri et de lieu de stockage, l’aménagement se déploie : terrasse, espace de repas, bacs de plantations, récupération d’eau de pluie, abri, etc. Les aménagements sont pensés modulables et déplaçables. Le lieu d’implantation du Germoir est transitoire. Bientôt le projet urbain rattrapera le Germoir et celui-ci devra vraisemblablement déménager. Les échéances ne sont pas à ce stade connues.

Le chantier participatif!

10 jours de chantier ouvert en juin 2012 ont permis la construction du Germoir, un espace collectif autour d’un jardin partagé, d’un abri, d’un espace de rangement, d’une table de banquet et encore ouvert sur plein de projets à venir!

Ce chantier intense a permis à chacun de s’investir à sa hauteur dans la construction du lieu : entre coup de main bricolage, peinture, petits plats du midi, soins et bonnes intentions, les habitants se sont sentis investis d’une mission!

Le chantier a été clôturé par une fête, une grande fête, autour d’une inauguration officielle et d’un repas de quartier.

Le Germoir doit vivre maintenant. Nous reviendrons encore quelques mois pour suivre l’évolution du groupe, son organisation, ses choix, et surtout rester en lien avec les projets urbains à venir pouvant impacter le Germoir et sans doute, nous le savons déjà, imposer son déménagement.

2013 : prendre soin du lieu

En 2013, nous sommes retournés plusieurs fois sur le site pour  assurer le maintien du Germoir dans son territoire, pérenniser la structure, accompagner le groupe dans sa fédération autour du lieu et permettre l’élargissement de la démarche à un public plus large. Il a été question de choix d’aménagement, d’aide à la prise de décisions, de chantiers de confortement, et surtout, préparer le groupe d’habitants, accompagné du centre social du Colombier, au déménagement du Germoir. La nouvelle est tombée, une route sera construite à l’emplacement du Germoir dans le cadre du projet ANRU sur le quartier, et la structure doit déménager d’ici l’automne 2013.

déménager le Germoir

Le quartier bouge, Jaurès tombe. Le germoir  déménage.

Après beaucoup d’hypothèses, c’est sur l’îlot Colombier, proche du nouveau square Desmoulins que le Germoir va s’implanter, pour 2 ans minimum.

Il se retrouve dans un contexte plus « urbain », moins isolé, sur un lieu de passage évident. Les « germoristes » s’en réjouissent. Ils voient là l’opportunité d’une réelle stratégie d’ouverture du lieu à de nouveaux jardiniers.

Le 29 novembre, dans une ambiance de longue soirée d’hiver, où la nuit tombe tôt, nous avons fêté le déplacement des premiers éléments (container, bacs…) autour d’un chocolat chaud et de bonnes crêpes maison cuisinées par le collectif du Germoir. L’occasion de discuter, échanger avec les nouveaux voisins, recruter de nouveaux membres!

Nous reviendrons travailler une dernière fois au printemps, accompagner une implantation durable du lieu, répondant à de nombreuses attentes.

déménager le Germoir

Une nouvelle implantation pour le Germoir, un renouveau lié au déménagement, au nouveau contexte… Notre mission s’arrêtera là. Le passage de relais a eu lieu, aidé par le Centre social.

Nos visites amicales ponctuelles nous révèlent un lieu vivant, approprié. Finalement loin de notre imaginaire mais tellement proche des âmes qui fréquentent ce lieu! La preuve pour nous d’une appropriation réussie, fructueuse, de l‘art brut!