Site : la Cité Taffin, Vieux Condé

Date : mai-décembre 2018

Commanditaire : Le Boulon, centre national des Arts de la rue

Action :  accompagnement des habitants dans l’appropriation et l’activation d’un jardin public en cœur de cité minière

Partenaires : Le comité de quartier, le service des Espaces verts de la ville de Vieux Condé, l’Ecole Nationale Supérieur du Paysage de Lille

 

 

 

 

 

 

 

 

Le projet Tous au(x) jardin(s) est un processus qui vise à mobiliser les habitants de la Cité Taffin autour d’un projet collectif et autour de l’aménagement d’un lieu permettant la rencontre, l’émergence de projet et la concrétisation d’une dynamique de quartier.
Comment faire en sorte que la mobilisation nourrisse l’aménagement ? et comment permettre l’implication active des habitants de la cité sur leur cadre de vie pour permettre l’appropriation d’un quartier patrimonial (cité-jardin) récemment rénové.
C’est autour de la thématique du jardin que nous développerons notre action. Car le jardin est partout dans la cité. Nous passerons de l’échelle du “je” à l’échelle du “nous” grâce au(x) jardin(s). Il s’agit de créer une dynamique collective autour d’un jardin public en coeur de cité, méconnu, et souvent fermé, et donner goût au jardin(age).
Ces intentions, et intuitions, ont été nourris de la rencontre avec les partenaires, parcs et jardins, comité de quartier, Boulon. Ce processus, dont nous faisons ici la synthèse, est né lors des Turbulentes 2018, où nous avons investi pour cette occasion le Jardin Taffin, en faisant un nouvel espace de spectacles, d’événements, de découvertes, en révélant en quelques sortes la multifonctionnalité potentielle du Jardin Taffin!

Premières rencontres, le festival Les Turbulentes

Ce festival des arts de la rue, fort connu dans la région, fut le coup d’envoi du projet. Nous avons été présents, dans le jardin Taffin, dans une dynamique collective avec le comité de quartier. A cette occasion, nous avons transformé certaines plantes du jardin, en limonade et sirop, afin de révéler un potentiel « made in Taffin »!

Immersion dans la cité Taffin

Lors de cette session, nous amorçons la mise en place du registre de la Cité Taffin, nous permettant d’inscrire tous les habitants avec qui nous échangeons lors des actions. Ce registre note les potentiels savoir-faire, les adresses postales, les contacts, et les détails concernant les jardins privés. Que cultivez-vous? Aimez-vous goûter vos récoltes? Cuisinez-vous? Que faites-vous dans votre jardin? Avez-vous des plantes comestibles dans votre jardin? Connaissez-vous le jardin Taffin? Etc. Ce registre nous permet de dessiner progressivement une “cartographie” des ressources et du comestible de la cité Taffin.

Enfin, cette session sur place a permis la mise en place d’une signalétique sur les grilles du jardin. Une manière de rendre visible, depuis la rue, les transformations à venir de cet espace «caché».

Construction de la table

Objet : Rencontrer les gens autour d’un chantier, et amorcer la transformation du jardin, par la mise en place d’un espace de convivialité. Ouvrir les portes du jardin, observer ce que ça provoque…
Résultats : Rencontre avec quelques habitants bricoleurs mobilisables (Freddy, François, Gérard, la voisine mitoyenne Tifany, Gina…)/ Le jardin a été ouvert pendant 1 semaine et cela a permis aux habitants de venir (re)voir le jardin, de récolter les productions de l’été (tomates, courges, rhubarbe, blettes, poires et pommes.) Nous réalisons que les habitants de la cité sont habitués à venir se “servir” dans ce jardin, un “jardin-frigo” pour la cité! Le jardin n’avait pas été entretenu depuis la mi-juillet, l’herbe était haute, et quelques invasives se sont installées. La première impression des visiteurs fut l’impression d’un jardin “sale”, ou “abandonné” (ce qui n’est pas vraiment le cas, la ville de Vieux-Condé est en charge de la gestion, et les récoltes étaient bien là!). Nous comprenons qu’il est nécessaire de partager un imaginaire autour du jardin, qu’est ce qui est beau, pas beau, sauvage etc. Comment se représenter un jardin au naturel? Estce qu’un jardin doit ressembler à “Versailles”?… Un coup de tondeuse en fin de semaine a permis de montrer qu’un geste simple nécessitant 1h ou 2, et à la portée de tous, permet de changer radicalement l’image du jardin. Les allées tondues, les espaces de plantation sont révélés. Lors de la semaine de chantier, quelques habitants se sont lancés dans le désherbage, fort du constat que les adventices s’étaient installées. Nous expliquons le principe du paillage, nous reprenons avec bienveillance ceux qui parlent de “déchets” en arrachant les pissenlits… Nous parlons même de Nicolas Hulot, d’écologie, du besoin que nous avons de limiter nos déchets, d’arrêter de gaspiller… Une conscience écologique est en germination.

Inventer des recettes avec les herbes du jardin : Un glacier à Taffin!

Objet : Une manière de valoriser les herbes aromatiques faciles à cultiver! Nous proposons des recettes utilisant du thym, de la sauge (présente dans toutes les noues du quartier), la lavande, et la rhubarbe du jardin, pour des dégustations gourmandes de saison! Une manière d’être visible sur l’espace public, à travers la cuisine mobile du Boulon, pour capter les habitants et passants. Renouer avec cette tradition du camion à glace, pouvant rappeler des souvenirs d’enfance ou un aire de vacances!
Résultat : Des nouvelles personnes viennent à notre rencontre, pousser par la gourmandise. Ceci étant, nous constatons une relative difficulté à faire venir les gens, il a fallu aller les chercher dans leur jardin. Un succès pour les parfums originaux proposés!

Le grand Buffet de Taffin

Le Samedi, préparation collective du grand Buffet
Grâce entre autre au partenariat avec le Centre-social qui a su mobiliser son public investi sur la question du jardin, l’envie, les coups de main et les prises d’initiatives individuelles étaient au RDV! Une dizaine de personnes se sont investies sur l’atelier cuisine, autour de la réalisation de tartinades valorisant les récoltes de la cité Taffin. Persil, sauge, tomates, menthe, origan, rhubarbe, thym, fleurs de capucine, mais aussi des plantes sauvages comme le plantain…. autant de tartinades différentes, made in Taffin. Autour de la cuisine , on parle du jardin, mais aussi de spécialités, de savoir-faire, d’envies, on goûte, on partage, on expérimente, on laisse aller notre créativité! Car c’est bien un atelier de “cuisine créatif” que nous avons proposé! Sans livre, ni recette pré-établie, toutes les idées étaient les bienvenues, et les participants étaient invités à créer! La réussite de cet après-midi montre aussi l’importance de réfléchir aux cultures du jardin, et à la richesse infinie du “Made in Taffin”.

Le dimanche, c’est la fête , une autre fonction qui semble importante à tester au jardin Taffin! Peu d’habitants de la cité, mais des extérieurs, le public du Boulon, élus et journalistes permettant de donner de la visibilité et de la valeur à la démarche. Jean-Luc, responsable du service Parcs et jardins, s’investit, et fait preuve d’une envie de transmettre, parler du jardin. De nouvelles personnes témoignent d’un intérêt pour la démarche, avec l’envie de revenir pour s’impliquer dans le jardin, ne venant pas forcément de la cité. Comment équilibrer entre visibilité du projet vers l’extérieur et développement local, propre à la cité Taffin? Comment mieux toucher les habitants de la cité et permettre leur implication? Comment faire pour que les habitants passent d’un modèle de “consommateurs” du jardin, à un modèle d’acteur?… Nous ressortons de ce week end avec beaucoup de questionnement sur la mobilisation, et sentons que la suite dépend d’un groupe “pilote” qui doit se dessiner, et assumer de porter une vision.
Nous décidons de proposer des ateliers de réflexion collaboratifs avec les acteurs identifiés et moteurs de la démarche.

Ateliers collaboratifs

Nous proposons 2 ateliers collaboratifs, réunissant les acteurs principaux de la démarche, pour échanger et partager une vision pour le jardin Taffin.

Les Ressources, les besoins, les envies, puis une réflexion partagée sur le processus de mise en oeuvre de cette vision, dans le temps, en fonction des ressources…

Repérage des végétaux de la cité : quel patrimoine potentiel?

En novembre, nous serons accompagnés d’une classe de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et de Paysage de Lille et de leur enseignant Nicolas Selva, paysagiste. Il s’agit d’un cours “pratique”. Nous proposons aux étudiants de travailler sur un état des lieux de la flore présente dans la cité Taffin et au bord du Jard, afin de révéler le potentiel comestible, médicinale, utile de la végétation de Taffin. Sur ces 2 journées, les étudiants ont arpenté le territoire, récolté des plantes (avec la contrainte qu’elles soient divisables, multipliables, bouturables…), afin de constituer un herbier des plantes utiles. Une restitution publique au jardin a eu lieu. Chaque plante selectionnée par les étudiants est décrite, afin de la reconaitre d’abord, mais surtout pour savoir l’utiliser. Une palette végétale est mise en valeur. Une palette utile. Une palette qui pourra constituer les ingrédients d’une “production made in Taffin”. Une palette qui devient aussi une opportunité pour les habitants de changer leur regard sur leur environnement. Gina et Annick sont particulièrement attentives, et avouent que le travail des étudiants leur a permis de comprendre la richesse végétale existante au pied de chez elles. Un changement de regard a été amorcé.

Et les étudiants nous auront accompagné lors d’un grand chantier collectif, qui aura permis de mettre en place de nouveaux espaces de pépinières, avec les boutures récoltées des plantes utiles de Taffin.

La pépinière «made in Taffin»

Un samedi ensoleillée, après une matinée ouverte au jardin à bouturer, dupliquer, préserver la palette végétale du jardin, nous prenons place sur la rue, pour une distribution de plantes vivaces du jardin Taffin. Une invitation à jardiner chez soi, à prendre conscience du potentiel “productif” du jardin Taffin, et du rôle de pépinière que pourrait tenir le jardin. Nous insistons à ce stade sur le “réservoir de biodiversité” que constitue le jardin, sur sa possibilité d’essaimer. La fonction initiale d’un « jardin-frigo » est détournée, pour devenir un jardin pépinière. Nous invitons les habitants à jardiner, à cultiver pour obtenir leur propre récolte.

Et quelles suites?…

Cette première session, de mai à décembre 2018, a permi d’entrevoir les potentiels, et les différentes attentes et ressources se rencontrant autour de ce projet. Plusieurs acteurs importants sont clairement identifiés (faisant partie de structures engagées dans la démarche), et certaines personnes rencontrées au fil des événements semblent aujourd’hui importantes pour la continuité du projet. Sans aucun doute, les liens doivent être entretenus et soignés (Carinne, Martine, Annick, Freddy…), car l’envie a été suscitée.
Nous avons donc proposé de prolonger la démarche, en basant les propositions d’actions sur le travail collaboratif mené en novembre, et en intégrant une phase importante en fin d’année 2019 de passage de relai.
L’objectif reste le même : permettre une dynamique habitante autonome et fédératrice dans le jardin Taffin, en accompagnant cette dynamique collective, et en proposant des outils qui seront utiles à l’accomplissement des actions..
Nous avions imaginé plusieurs temps pour poursuivre la dynamique :

-des temps de réunion mettant en oeuvre l’intélligence collective et la co-conception. De manière transversale et partagée entre les différents acteurs, mais aussi au cas par cas, prenant le temps de co-construire la démarche avec certains partenaires privilégiés comme le Boulon, le Comité de Quartier, ou le service des espaces verts, autour de Jean-Luc. Ces ateliers, dans un premier temps, aurait permis de mettre en place un réglement de fonctionnement et d’ouverture, puis de mettre en place un programme d’ateliers…
– Des temps de chantier collectifs et participatifs, qui seront portés par l’association Les Sapros. Ces chantiers, dont les besoins ont été identifiés cette année, permettront d’installer des outils disponibles au jardin, des supports d’appropriation, pour faciliter la mise en place des dynamiques collectives et des initiatives individuelles. Nous voyons 3 chantiers, à des échelle différentes : la signalétique et les panneaux d’information d’entrée, un espace détente et la construction d’un abri de convivialité
-des temps festifs, fédérateurs, ouverts à tous! donnant à voir le projet, et ouvrant la démarche sur l’extérieur. Ces temps pourront être pensés en lien à une programmation existante (ville/ boulon), afin de bénéficier d’une meilleure lisibilité. Par exemple, nous pensons au festival des Turbulentes, mais aussi les journées du patrimoine, la fête des voisins, ou?…. Au delà du besoin de célébrer le projet, ces temps répondront au besoin de “rayonner” du jardin, l’inscrivant ainsi progressivement comme un lieu de rencontres incontournable de Vieux Condé!

Nous nous sommes quittés sur cette proposition de suite, qui n’a malheureusement pas pu voir le jour. L’écriture de ce projet, les différentes actions, ont révélés au fil du temps des désaccords sur la vision du jardin entre le Comité de quartier, le Boulon, la ville de Vieux-Condé. Un temps de maturation était nécessaire. La mission ne fut pas prolongé.